ForCity aide les territoires à se projeter dans le futur

Quel impact la création d’une ligne de métro aura-t-elle sur le trafic en ville ? Comment gérer l’afflux de millions de visiteurs lors des JO ?

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Guillaume Poulain

30 novembre 20156 min de lecture

Forcity_territoire_futur
© Archives Travolution

Quel impact la création d’une ligne de métro aura-t-elle sur le trafic en ville ? Comment gérer l’afflux de millions de visiteurs lors des JO ? Où construire le prochain parc d’attraction ? C’est le type de problématiques auquel répond ForCity. Sa plateforme aide les acteurs publics et privés des territoires à réaliser leur planification stratégique afin de tester les futurs possibles de leur développement. L’idée n’est tant pas de substituer la machine à l’homme pour accélérer sa décision, mais de soumettre la machine à l’homme pour que celui-ci approfondisse sa réflexion ; ni d’adresser les décisions de la prochaine heure, mais celles des prochains mois, voire des décennies à venir. Thomas Lagier, co-fondateur et directeur Général de ForCity, nous en dit plus.

Concrètement, que peut apporter votre plateforme numérique ?

Nous travaillons par exemple sur les jeux olympiques de Tokyo 2020, l’instance qui organise les Jeux Olympiques dans la capitale nippone souhaite évaluer l’impact de l’afflux de millions de personnes de nationalités différentes et qui auront des besoins différents. L’application que nous développons indique comment on peut gérer ces flux et quelles dispositions la ville doit prendre : emplacements des points de restauration, des toilettes,  des postes de secours, de la signalétique, etc. L’objectif est de répondre du mieux possible à tous ces besoins en fluidifiant au mieux les foules afin d’aider les autorités compétentes à faire les choix stratégiques. Nous travaillons également, en France, sur le stade des Lumières afin d’évaluer l’impact des différents événements sur le trafic, l’hôtellerie, etc.

Avez-vous une application dédiée au Tourisme ?

Nous n’avons pas eu l’occasion de travailler sur ce secteur, mais nous sommes capables de simuler et de décrire ce qu’il se passe sur un territoire, en termes de trafic par exemple. Nos solutions sont conçues sur-mesure afin de répondre aux différents besoins mais nos projets sont toujours liés à un territoire, à des populations et des déplacements. Pour les villes, nous travaillons souvent sur l’impact des grands événements ; pour les hôteliers, nous étudions les meilleurs emplacements, etc. Pour un grand opérateur de centres commerciaux et d’espaces de télétravail, nous envisageons de développer un outil d’aide à la décision lui permettant de déterminer les zones dans lesquelles son implantation serait la plus bénéfique.

Vous dites que vous faîtes de la « haute-couture digitale ». Qu’entendez-vous par là ?

Cela signifie que nous développons au-dessus d’une plateforme urbaine digitale des applications spécifiques et sur mesure ayant pour vocation à répondre à des questions précises d’un métier, d’un secteur et basé sur la dynamique et la systémique du territoire.

Forcity_territoire_futurComment voyez-vous les évolutions fulgurantes dans le digital ?

Chez ForCity, nous pensons que le digital amène des capacités astronomiques en ce qui concerne la simulation, les données et la dataviz, c’est-à-dire ce qui permet de rendre l’information lisible et de faciliter la prise de décision. Cela va révolutionner notre manière de travailler. En fonction de la demande, la simulation peut prendre quelques secondes ou plusieurs heures si vous souhaitez projeter un territoire sur 10 ans. Simuler l’impact de 4 nouvelles lignes de métro peut nécessiter 8 heures, par exemple.

A quelles sources de données recourrez-vous pour réaliser ces projections ?

Premièrement, on suit tout ce qui se passe en matière d’open data. Les Etats-Unis et l’Europe sont réellement les fers de lance de la libéralisation des données publiques. La directive européenne 'Inspire' incite nos collectivités à partager leurs données. Nous avons également des accords avec de grands acteurs tels que l’IGN ou Keolis en ce qui concerne le Transport. Nous discutons également avec Orange, SFR, l’INSEE… Lorsque nous avons besoin de données métiers très spécifiques, comme pour l’hôtellerie par exemple, nous sollicitons nos partenaires et clients pour qu’ils nous livrent les informations. De notre côté, on se charge de nourrir la plateforme du territoire sorte de miroir digital de la ville.

Vous privilégiez les Long Data. De quoi s’agit-il ?

C’est un peu en opposition au Big Data. On travaille sur le long terme. Pour illustrer cela, j’utilise souvent la métaphore suivante : on travaille plus sur le climat que la météo.

Qui sont les utilisateurs de votre solution hébergée en SaaS ?

Notre plateforme est en effet accessible en ligne et nous créons un univers spécifique pour chacun de nos clients. L’outil répond aux différentes questions qui lui seront posées et les utilisateurs peuvent partager les simulations à leurs partenaires, leurs clients.Il existe deux types d’utilisateurs : les décideurs tels que les directeurs généraux et les directeurs régionaux qui n’ont pas besoin d’être spécialisés en IT, les préparateurs de la décision qui sont des techniciens très pointus qui seront à même de choisir les hypothèses à étudier et donc les différents scenarios à simuler.

Quel budget faut-il prévoir pour pouvoir utiliser votre plateforme numérique ?

Il y a un abonnement à la solution et à la mise à jour des données. C’est extrêmement variable, mais les budgets peuvent varier entre 40 000 et 80 000 euros par an. Le travail de mise en œuvre, qui nécessite d’identifier les questions, la manière dont on y répond et de nombreux paramètres, nécessite entre 6 et 12 mois en fonction des projets. Finalement, les coûts s’élèvent souvent à plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est pour cette raison que nous travaillons avec des entreprises et des collectivités sur des sujets à forts enjeux.

Les collectivités parviennent à investir de tels montants ?

Lorsqu’un regroupement de collectivités cherche à mettre en place un nouvel incinérateur qui, en soit, coûte 300 millions d’euros, les enjeux sont colossaux. Il est donc préférable de faire des simulations et de connaître précisément si le projet envisagé est bien le plus pertinent pour le territoire. Au regard de ces enjeux, notre solution peut avoir un grand intérêt. Naturellement, on ne fait pas appel à ForCity pour savoir ou planter un arbre. Par ailleurs, je suis convaincu que ce type de technologie se démocratisera. A terme, on peut imaginer que les acteurs du Tourisme puissent facilement recourir à ces solutions d’aide à la décision. Les capacités de tels outils d’aide à la décision auront un impact sur la gouvernance en général.

L’Internet of Everything va de plus en plus connecter les infrastructures urbaines entre elles. Prenez-vous aussi ces données en compte ?

On regarde effectivement sur ce sujet, même si ForCity ne travaille pas vraiment sur le temps-réel. Mais l’architecture de notre plateforme a été pensée en tenant compte de l’explosion du volume d’informations en provenance du Machine-to-Machine. Nous savons que des milliers d’applications verront le jour dans les villes comme en 2006 lorsque les smartphones sont arrivés sur le marché.

Cette interview est initialement parue dans le MOOK #3.

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