Avec le soutien du Seto, de l’APST et de Level.com, le SNAV a réuni 440 professionnels du Tourisme à l’occasion des Journées des Entrepreneurs du Voyage qui se sont déroulées du 16 au 18 novembre à Marseille. Cette fois, le digital n’a pas été boudé et fut au cœur de nombreux échanges !
En février 2014, alors présidé par Georges Colson, le SNAV avait réuni 350 professionnels durant 4 jours à l’Île de la Réunion. Durant ce congrès annuel, seule une table-ronde d’1h30 avait été consacrée au Numérique. Une attention dérisoire malgré les sérieux enjeux auxquels font face les agences de voyage dites traditionnelles et leur niveau de maturité technologique. Cette année, pour son congrès rebaptisé « Journées des Entrepreneurs du Voyage » et organisé en collaboration avec l’APST, le SETO et Level.com, le SNAV, désormais dirigé par Jean-Pierre Mas, a donné plus d’importance aux sujets liés à l’innovation et au digital. Une évolution de bon augure en 2015.
Lucien Salemi, Président du SNAV Méditerranée
L’union fait la force
Trois jours après les attentats qui ont frappé Paris, les allocutions d’ouverture ont naturellement été empreints de tristesse et de douleur. Cependant, tous les discours ont convergé vers la nécessité de rester unis, forts et solidaires. Lucien Salemi, Président du SNAV Méditerranée a rappelé à quel point le Tourisme était un secteur dans lequel les liens entre les différents acteurs de l’écosystème –producteurs, distributeurs, fournisseurs- étaient puissants en comparaison aux autres industries. « Malgré les crises et les attentats, le Tourisme a toujours connu la croissance », a-t-il déclaré. Même le Président de Level.com, Frédéric Vanhoutte, a préféré parler d’union plutôt que de présenter uniquement les perspectives du digital. « Nous sommes unis. Nous devons l'être, nous sommes plus forts ainsi. C'est l'esprit de ces journées qui ont été organisées par Jean-Pierre Mas, Lucien Salemi et les équipes. Elles pourraient sembler futiles : elles sont plus que jamais essentielles, symboliques, nécessaires », a-t-il affirmé avant de rappeler quelques faits d’armes de l’association des agences de voyage en ligne : 1ère organisation européenne à entrer au sein de l’alliance Fairsearch, groupement anti-trust face à Google; son rôle considérable pour pousser les comparateurs à établir une charte de bonne conduite vis-à-vis des annonceurs et des consommateurs ; l’élaboration d’une charte de data responsable reprise par la commission du Voyage connectée du SNAV, etc.
Le monde digital accélère
Durant son discours, Frédéric Vanhoutte a également rappelé qu’il était urgent de s’unir en France et en Europe pour faire face aux géants américains et asiatiques. « On parle de révolution tous les 5 ans depuis que j'ai commencé dans le Tourisme. En vérité, c'est le monde digital qui est en marche et, sûr de ses premiers pas, accélère la foulée », a-t-il poursuivi. En 2016, le chiffre d’affaires total du marché du digital devrait atteindre quelques 3 663 milliards d’euros, soit une hausse de 16%. La France devrait ainsi récolter 60 milliards d’euros. Alors que « les nouveaux services d’internet comme le cloud, les paiements mobiles ou l’e-commerce vont doubler leur activité » d’ici 2016, ni l’industrie du Tourisme, ni les Etats ne sont assez unis, a-t-il déploré reconnaissant que l’Etat français commençait tout juste à soutenir le Numérique, que la French Tech était dynamique et que les startups foisonnaient.
Le président du SNAV, Jean-Pierre Mas, a lui aussi évoqué les technologies, ce qui marque une différence de taille avec son prédécesseur. Il a rappelé que l’industrie avait été frappée par le Web, l’économie collaborative, la crise et le terrorisme. Conscient qu’Internet avait fait naître « des enfants turbulents comme les OTA », il est favorable à l’union des différentes institutions dans une confédération et promet une refonte du SNAV dans le fond et la forme. Les problématiques, technologiques ou non, sont bien souvent horizontales et il est grand temps que le secteur qui pèse 7% du PIB ait plus de poids au niveau politique.
Airbnb, une future menace pour les agences de voyage ?
D’une manière générale, les technologies furent très présentes durant ces 3 jours. Même si elles n’étaient pas toujours nommées, il en était bien question lors de la table-ronde dédiée au voyage d’affaires ou à Lufthansa. C’est surtout lorsque l’économiste et journaliste Pascal Perri a pris la parole sur l’impact de l’économie collaborative sur le secteur du voyage que les participants ont pu mesurer la puissance des nouveaux acteurs et à quel point ces derniers avaient une longueur d’avance par rapport aux acteurs traditionnels sur l’économie numérique. Logique, ce sont ses propres enfants !
Pascal Perri a tout d’abord rappelé que le voyage collaboratif pesait entre 3 et 5 milliards de dollars. Et outre les valorisations hallucinantes de certaines marques comme Airbnb (environ 26 milliards de dollars), c’est la marge de progression de leur activité qui impressionne, « la pente » comme le dit l’économiste. Ces acteurs sont soutenus par les clients. En France, 68% des personnes font confiance au collaboratif et un Français sur deux reconnaît avoir déjà recouru à ce type de service, en particulier les 25-49 ans. Ces enfants de la révolution digitale, assis sur des trésoreries colossales, détiennent un fort pouvoir de marché, c’est-à-dire la faculté d’imposer leur prix sur un marché. Ce que ces acteurs ont parfaitement compris, c’est qu’il n’est pas forcément nécessaire de vendre des biens. Ils vendent du contenu et du service. Or, c’est ce que préfèrent les individus des générations X et Y, les parents de demain. « Le Tourisme doit passer du quantitatif au qualitatif » car, a-t-il ajouté à l’attention des agents de voyages, « ce que vous vendez est 'commodisé'. Une commodité peut être reproduite et n’a que peu de valeur. » Selon Pascal Perri, Airbnb va se transformer en prescripteur du Tourisme et se spécialiser sur des segments tels que la Culture, le Sport et d’autres segments, puis proposer des city-tours dans certaines métropoles. « Lorsque Airbnb aura pris son 2nd virage, il viendra sur votre terrain », a-t-il prévenu.
« Le commerce va se réinventer »
La question des armes à disposition des agences de voyages se posent alors. Pour l’économiste, les agences de voyages doivent redonner du sens à leur fonction d’intermédiaire et s’approprier le digital dans leurs points de vente. « Le commerce va se réinventer. L’agence de voyage isolée n’existe plus car elle est contrainte de se mutualiser pour survivre. Avec les fournisseurs, vous devez mutualiser vos forces pour atteindre une masse critique et peser. » Ce n’est donc qu’en utilisant l’ensemble des outils à leur disposition que les agences de voyage pourront se protéger de l’ubérisation qui les menace.
Quelques minutes plus tard, trois acteurs du Tourisme ont présenté leur nouveau concept d’agence de voyage connectée. Michel Dinh, Directeur Général d’Havas Voyage, a ainsi prouvé que le réseau avait pris conscience des nouveaux enjeux technologiques, indéniablement liés aux nouveaux usages. Si l’efficacité du dispositif reste à prouver, notamment auprès des jeunes clients qui sont visés et nécessite de très lourds investissements, celui-ci témoigne d’une certaine ouverture d’esprit et d’une volonté d’innover. On est bien loin des deux autres concepts qui ne répondaient absolument pas à l’intitulé du programme. L’un s’est contenté d’acheter de nouveaux meubles et l’autre a fait d’un chat la mascotte de l’agence. Hors sujet.