Dans cette chronique, Sophie Lacour*, Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, Secrétaire Générale de l’AFEST, explore pour TOM le potentiel des odeurs synthétiques et des ultrasons pour le secteur du Tourisme.
Touchez-moi ce sable, sentez donc ces fleurs
Les nouvelles technologies permettent d'envisager un Tourisme réellement disruptif. Dans le cadre de l'exploration des nouvelles formes possibles que ces technologies nous permettent d'imaginer, je vous propose aujourd'hui de nous pencher sur le Tourisme à distance.
Deux technologies ont retenu mon attention, les odeurs synthétiques et les ultrasons.
Les odeurs tout d'abord.
Il y a quelques mois, l’office du tourisme de la ville de York dans le comté du Yorkshire en Angleterre, a proposé un guide olfactif baptisé "Smell York". C’est un guide touristique d’un nouveau genre où l’on peut respirer les parfums emblématiques de la région : l’odeur de la campagne anglaise, des commerces, des lieux touristiques…. On y retrouve des senteurs associées aux différentes attractions de la ville comme celle du chocolat par exemple, la ville proposant un festival annuel de chocolat, ainsi que la visite de la York Cocoa House. Dans ce cas l'effluve associé est le cacao, mélangé au beurre, au caramel et aux noisettes. Mais il y a également celle de la boulangerie, ou de la bruyère sauvage. Plus typiques et plus surprenantes : l'odeur de la rue, celle des théâtres, de l’hippodrome, des vieux livres, (un mélange de vanille, de bois et de poussière), ou bien encore celle des chevaux (crin, huile de sabot, cuir de selle, herbe et punch aux fruits…). Et encore plus surprenant et créatif, en s'appuyant sur la réputation selon laquelle York est l’une des villes les plus hantées du pays, vous pouvez même sentir le "parfum des âmes errantes" à base d’extrait de rose et de soufre.
Pour sentir les différents parfums, les voyageurs n’ont qu’à gratter les pages.
La deuxième technologie que je voudrais évoquer est celle de l'interface haptique. J'avais ici évoqué l'utilisation de la technique hologrammique au service du tourisme. Il existe maintenant une technologie encore plus intéressante pour le tourisme.
Les interfaces haptiques sont en train d'évoluer pour se combiner avec la technologie de réalité virtuelle ou des hologrammes. Ainsi des scientifiques de l'université de Bristol viennent de présenter une machine capable de générer des formes en 3D dans l'air, qu'il est possible de toucher. Le système repose sur l'envoi d'ultrasons qui reproduisent l'illusion du toucher sur la peau humaine. En fonction des fréquences utilisées, des vibrations sont créées à la surface de la peau, simulant une impression de résistance ou de mouvement. Ces objets ressemblent en tous points à des hologrammes, sauf qu’il s’agit de formes 3D. L’avantage de cette technologie est qu’elle permet d’interagir avec l’objet en question et même d’obtenir un retour haptique : si l’on approche la main de la sphère « ultrason », on pourra alors ressentir ses contours comme s’il s’agissait d’un véritable objet physique. Ce retour haptique se montre tout aussi efficace lorsque plusieurs éléments sont affichés, ce qui laisse entrevoir de grandes possibilités pour les interfaces futures.
Pour le moment les chercheurs ont réussi à reconnaître certaines formes basiques simplement avec le toucher, de la sphère au cube en passant par les cônes ou les formes pyramidales. Ils estiment qu'un système de ce genre pourrait être utilisé comme une interface permettant à l'utilisateur de ne pas avoir à détourner le regard d'une autre action. Qu'il s'agisse de la conduite, du pilotage d'avion, ou de l'univers du jeu en réalité virtuelle.
Comme nous sommes dans une projection, nous pouvons facilement imaginer ce que ces deux technologies combinées vont pouvoir offrir au tourisme.
Imaginons dans le cadre de la promotion d'une destination les multiples possibilités qui s'offrent à nous. Nous pourrions donc sentir la destination, dans le plein sens du terme. L'odeur des magnolias le matin sous la rosée, l'odeur de la mer, et même celle du restaurant faisant griller des langoustes. Nous pourrions aussi sentir le sable sous nos pieds, la douceur du vent tiède venu de la mer, ou bien l'incomparable légèreté du cachemire.
Combiné à des technologies sonores, nous pourrions pleinement utiliser tous nos sens, entendre l'orchestre de meringué qui joue sur la terrasse, le doux ressac ou bien le cri des mouettes. Accompagné d'un film en 3D, le réalisme risque d'être assez saisissant, d'autant plus que nous serons alors en mesure d'accéder à la réalité virtuelle sans utiliser un quelconque casque de réalite virtuelle.
Ces technologies pourraient ainsi être en mesure de proposer des voyages à distance pour les personnes empêchées, immobilisées, dans les maisons de retraite par exemple ou bien encore pour les personnes handicapées.
Nous pourrions aussi voyager dans des lieux peu ou pas du tout accessibles, nous promener au bord des volcans, au milieu de l'Antarctique mais aussi dans l'espace... Quelle odeur peut bien avoir la lune ?
*Sophie Lacour animera une conférence au Welcome City Lab le 5 novembre prochain sur la relation homme/robot, un thème qu'elle a notamment développé durant l'évènement net Managers 2015 en juin dernier.
Mon robot, mon amour. Je t'aime, moi non plus Pour s'interroger sur la relation homme/robot, la communication, l'interaction...et l'amour.
Voici venu le temps des robots intelligents, capables de parler et d’interagir avec nous, de rendre des services, de prendre des décisions. Cette catégorie de robot va révolutionner le monde du tourisme. Mais qui dit robots interagissant dit relation. Comment communiquer avec eux ? Comment communiquent-ils avec nous ? Pour mieux comprendre les enjeux et les interactions futures entre les humains et les robots, nous parlerons de communication, de compréhension, de physique, puis nous finirons sur l'amour.
Le jeudi 5 novembre 2015 à 18 h Welcome City Lab 76 bis Rue De Rennes - 75006 Paris