Des millions de fraudes via Uber en Chine

Alors qu'à Paris, plusieurs chauffeurs de taxi protestent de manière virulente face à la concurrence d'Uber, le site chinois de technologies TechWeb vient de…

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Leila Jolin-Dahel

25 juin 20153 min de lecture

Uber China
© Archives Travolution

Alors qu'à Paris, plusieurs chauffeurs de taxi protestent de manière virulente face à la concurrence d'Uber, le site chinois de technologies TechWeb vient de publier un rapport sur plusieurs réservations faites en Chine via l'application de l'entreprise de VTC qui auraient été frauduleuses. De fausses commandes passées par des chauffeurs de l'entreprise dans le but de percevoir davantage de revenu.

Ces courses illégales, auxquelles certains chauffeurs font référence en utilisant le terme « acupuncture », sont disponibles via des comptes en ligne sur des sites tels que Taobao. Certains possèdent même un mode d’emploi indiquant comment effectuer une fausse commande.

Une fois le compte de commandes frauduleuses créé, le chauffeur n’a qu’à établir un partenariat avec un passager qui utilise l’application d’Uber. Ce dernier doit d’abord désactiver l’option de géolocalisation de son appareil, pour ensuite soumettre une demande de course d’un point A à un point B. Le conducteur effectue ainsi la course sans passager à bord de son véhicule et partage avec son complice les redevances que lui a versées Uber pour le trajet. Celles-ci peuvent parfois s’avérer plus élevées que le prix de la course lui-même. Déterminé à percer le marché des VTC en Chine, Uber verse actuellement des bonus aux conducteurs chinois qui vont jusqu’à trois fois le montant de la course. Par exemple, pour un trajet dont le coût total serait de 10 euros, Uber verserait au chauffeur une somme de 30 euros. Le fraudeur pourrait ainsi rembourser le prix de la course à son complice et partager les profits avec lui tout en s’assurant un certain revenu.

Les chauffeurs usant de ce procédé d’ « acupuncture » ont affirmé au site TechWeb que la quasi-totalité des fraudes chinoises en ce moment se déroulaient via la plate-forme d’Uber car c’était la plus rentable.

Si cette pratique ne date pas d’hier, le taux de courses frauduleuses effectuées par des chauffeurs a quant à lui connu un essor fulgurant dernièrement. Selon le rapport de TechWeb, le site de Taobao à lui seul hébergerait plus de 200 000 comptes falsifiés. Si en moyenne, un compte permet un nombre de cinq fausses commandes, le site de Taobao à lui seul serait à l’origine de plus d’un million d’entre elles.

Le rapport de TechWeb mentionne également que Taobao ne serait pas la principale source d’achats de comptes de chauffeurs. Leur nombre serait inférieur à ceux vendus par téléphone ou encore via des groupes créés sur le site chinois de messagerie QQ… appartenant ironiquement au groupe Tencent Holdings, également propriétaire de TechWeb. Il est à souligner que le groupe est aussi un investisseur de l’entreprise Didi Kuaidi, une application de réservation de taxis en Chine, dont Uber est le compétiteur…

Uber réagit, mais lentement

Si le géant du VTC est au courant des courses d’« acupuncture », il demeure mitigé par rapport à la situation. D’un côté, il se fait voler par des « chauffeurs » qui ne prennent aucun passager à bord de leur véhicule ; de l’autre, il voit son nombre de courses augmenter grâce à ces manipulations frauduleuses qui lui permettent de renforcer ses statistiques chinoises pour l’aider dans ses actuelles recherches d’investisseurs.

Toutefois, la société américaine a dévoilé cette semaine certaines modifications à ses règles, dans le but de contrôler la situation. Celles-ci comprennent des ajustements apportés au système de rémunération et à la façon dont les prises en charge de passagers fonctionnent. L’entreprise a également investi des efforts supplémentaires afin de bannir les comptes falsifiés au fur et à mesure que ceux-ci sont découverts. Le rapport publié par TechWeb suggère aussi que ces mesures ont mené à la réduction du nombre de chauffeurs frauduleux.

Uber dispose actuellement de moyens technologiques permettant de mettre un frein à ces pratiques illégales. Toutefois, l’entreprise craint un ralentissement de sa croissance en imposant des règles trop strictes qui pourraient dissuader les chauffeurs et passagers honnêtes de recourir aux services de l’entreprise.

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