Les compagnies aériennes craignent les cyberattaques

Un article paru par l’AFP explique les scénarios de piratage possibles auxquels pourraient faire face les avions.

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Leila Jolin-Dahel

19 juin 20153 min de lecture

AFP
© AFP

Un article paru par l’AFP explique les scénarios de piratage possibles auxquels pourraient faire face les avions. Si certains sont peu probables, voire complètement irréalistes, le secteur de l’aéronautique a récemment décidé de ne plus ignorer les menaces qui pourraient à la fois perturber la sécurité et le trafic aérien, mais également la chaîne de production.

Selon les propos recueillis par l’AFP, à l’occasion d’une présentation au salon aéronautique du Bourget, de l’expert en cyberdéfense chez Deloitte Conseil, Alain Robic, le secteur serait « soumis à de très nombreuses attaques, quotidiennes. Les attaquants se comportent de plus en plus comme des guerriers. On est dans des stratégies militaires de renseignement et d'attaque ».

Des risques grandissants

Le transport aérien, comme tant d’autres, connaît une exposition grandissante au risque de piratage, étant donné le nombre croissant de connexions entre les systèmes d’information et de commande. Dernièrement, Chris Roberts, un expert américain en sécurité, avait fait parler de lui après avoir affirmé avoir pris le contrôle des commandes moteurs d’un Boeing 737 depuis un système d’in-flight entertainment (IFE) et d’en avoir légèrement modifié la trajectoire. Roberts s’était également vu interdire l’accès à un vol d’United Airlines après avoir publié un tweet qui parlait de pirater les contrôles à oxygène des passagers.

Le directeur général délégué Technologie et Innovation chez Airbus, Jean Botti, s’est également confié à un journaliste de l’AFP lors du Paris Air Forum vendredi dernier. « On a mis tellement de barrières pour dissocier ce qu'est le cockpit et la cabine, pour bien isoler les deux parties. Ce serait extrêmement difficile de ''hacker'' un avion et d'en prendre la commande », a-t-il expliqué.

Alain Robic a toutefois raconté à l’AFP que ce scénario s’était déjà produit avec succès sur l’appareil A380 en 2005 par les hackers de chez Airbus. Les ingénieurs avaient alors rapidement séparé les systèmes à bord afin d’écarter tout risque que cela ne se reproduise. Alain Robic a également soulevé la possibilité pour les pirates de retirer un avion sur un écran radar ou perturber le trafic sans avoir à monter à bord d’un avion.

De son côté, le professeur spécialisé en électronique à la City University de Londres, David Stupples, effectue des recherches sur l’interférence que pourraient avoir les drones avec les systèmes de commande des avions. Il a d’ailleurs affirmé à l’AFP que le fait de perturber un avion à l’approche du sol en envoyant un signal radio pourrait provoquer un accident. Une source anonyme du milieu des hackers avait également récemment confié à TOM que les signaux radios pouvaient permettre à des individus de pirater les systèmes des avions.

Des menaces qui viennent de l’intérieur

Les intrusions internes de la part d’employés ou de sous-traitants qui interviennent sur les systèmes tels que ceux utilisés pour la maintenance sont souvent plus redoutés par les experts, selon les informations relayées par l’AFP. « Un employé déstabilisé dans sa vie privée pourrait être tenté de rentre des ''services'' en échange de quelques kilo-euros », a souligné Alain Robic. David Stupples est toutefois d’avis que de telles manœuvres demeurent assez complexes et que seuls des individus possédant l’expertise nécessaire seraient à même de réussir une telle entreprise.

Le directeur de la formation Cyberdéfense à l’Université de Bretagne Sud, Charles Préaux, a quant à lui soulevé le fait que la conception des systèmes d’avion avait été effectuée dans les années 2000, ou même avant. « Quand on conçoit ou réalise un système, on prend en compte les scénarios d'attaques connus, probables. Le problème, ce sont toutes les menaces qui arrivent après et qui n'ont pas été prises en compte dans la phase d'ingénierie », a-t-il confié à l’AFP avant de souligner que dans le cas d’une cyberattaque, il y avait toujours heureusement un être humain aux commandes de l’appareil afin de redresser la situation.

Les scénarios catastrophes demeureraient par contre moins craints des compagnies aériennes, qui envisageraient plutôt la possibilité de cyberattaques relevant de l’espionnage économique ou du sabotage, selon les informations recueillies par l’AFP. Cela se produirait notamment en volant des secrets industriels, commerciaux, en débauchant des employés performants, ou encore à stopper une chaine de montage.

Photo d’ouverture : Fotolia © Frank Peters

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