Airbus a dévoilé lundi dernier son prototype de fusée recyclable. Nommée Adeline, pour ADvanced Expendable Launcher with INnovative engine Economy, le projet pourrait permettre au géant européen de concurrencer la société d’Elon Musk, SpaceX.
Après plus de cinq ans de recherches menées dans le plus grand secret dans un hangar du centre d’Airbus DS, aux Mureaux en banlieue parisienne, l’équipe d’Airbus a trouvé une solution qui permettrait d’économiser sur les coûts de construction de fusées en les réutilisant. Des moteurs aéronautiques installés au premier étage de l’appareil fournissent au vaisseau la capacité de décoller et d’atterrir sans problème sur la base de lancement. Avec un système de guidage ultra perfectionné, ces moteurs pourraient permettre à la fusée d’effectuer entre 10 et 20 décollages.
Tout comme le Falcon 9 de son concurrent SpaceX, Adeline d’Airbus n’est que partiellement réutilisable. La partie supérieure de l’appareil, baptisée « Space Tugs », servira à placer les satellites dans l’espace. Comme elle est à usage unique, Airbus envisage de prolonger son utilisation en la transformant en remorqueur. Après avoir effectué sa tâche et s’être détachée de la fusée, elle s’installera sur une orbite spatiale positionnée à 1000 km d’altitude et qui lui servira de parking. Là-bas, elle pourra être ravitaillée par les lanceurs suivants en fluide propulseur et en satellites.
« Avec ces innovations, on peut envisager une réduction de 30% des coûts d’exploitation des lanceurs », a déclaré le directeur d’Airbus Space Systems, Hervé Gilibert, lors d’une rencontre réunissant plusieurs journalistes, selon les informations parues sur le site de la BBC. La baie propulsive et le moteur représentent à eux seuls près de 80% de la valeur du lanceur. Le fait de les récupérer en les protégeant avec un bouclier thermique pour assurer leur retour sur Terre permettra de sauver énormément de coûts.
Airbus estime à près de deux tonnes le carburant d’ergol nécessaire au retour de son module réutilisable. SpaceX aurait quant à lui besoin de 40 tonnes pour récupérer son lanceur sur une barge en mer.
Mais ces projets ne seront pas rendus disponibles dans un avenir proche. Le directeur général d’Airbus Space Systems, François Auque, a annoncé que « la priorité reste le financement d’Ariane 6 et de faire décoller le lanceur européen en 2020. » Selon lui, le premier lanceur réutilisable ne sortira pas avant 2030.