L’industrie du Tourisme a déjà fait l’objet de trois révolutions digitales
La première révolution a commencé durant les années 1960, alimentée par le développement commercial du transport aérien sous la protection de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA). Elle a amené à la création dans un premier temps des systèmes de réservation informatique (CRS), qui se sont avérés être un énorme pas en avant. Les CRS permettant aux entreprises aériennes de vérifier instantanément la disponibilité des places libres dans un avion, au lieu d’utiliser le papier et le crayon.
Mais les compagnies aériennes ont rapidement réalisé que leur fonction principale n’était pas de créer ni de gérer de tels systèmes. Leurs principaux besoins étaient de rendre visible leur inventaire partout dans le monde à un coût moindre et d’assurer une certaine équité dans le processus de diffusion, en assumant que l’information serait la même partout. Ce qui a mené à la naissance, donc dans un second temps, des systèmes de réservation globaux (ou GDS) qui ont marqué l’âge d’or de l’industrie des agences de voyage. Les revenus de ces dernières ont alors connu une croissance de 400%, tout en ne générant qu’une hausse d’emploi de 20%, selon les estimations faites par Phocuswright.
La seconde révolution survenue dans l’industrie du Tourisme a débuté avec l’essor du World Wide Web parallèlement à la croissance du réseau Internet. Le phénomène des agences de voyage en ligne (OTA) a complètement ébranlé l’écosystème du Voyage en offrant aux clients la capacité de comparer les tarifs et de réserver en ligne sans avoir à visiter une agence de voyage physique.
Cette révolution de la désintermédiation en ligne est survenue sur une très courte période, qui s’étend du milieu des années 1990 au milieu des années 2000. Ces entreprises, dont l’offre ciblait en priorité les voyageurs, ont immédiatement compris que le fait de créer leur propre chaîne d’approvisionnement était également nécessaire à la valorisation et à la différenciation de leur offre. Elles ont commencé par proposer leurs outils et services aux hôteliers, aux voyagistes et aux entreprises de location de voitures afin de remplir leur inventaire : « Le contenu était devenu roi ». Elles ont aussi en particulier ciblé les contenus qui n’étaient pas disponibles à la vente via les GDS.
La troisième révolution a résulté de l’expansion de l’Internet, qui a donné la possibilité d’accéder au réseau à partir d’un téléphone mobile, doublé du fait que la population était de plus en plus attirée par les nouvelles technologies. Cette troisième révolution basée sur le triptyque Social, Local et Mobile (SoLoMo) a mené à la création d’entreprises telles que TripAdvisor (collecte des avis d’utilisateurs), Hotel Tonight (réservation d’hôtel de dernière minute sur mobile uniquement) ou encore Timista (de l’information personnalisée et en temps réel sur ce qui se passe à Londres). Cette période a également marqué le début de l’économie collaborative, une perturbation majeure, qui a mené à la création d’entreprises telles qu’AirBnb ou Uber.
Concernant l’industrie du voyage d’affaires, la perturbation est venue des fournisseurs d’outils de réservation en ligne d’entreprise (« corporate booking tool ») qui se sont mis à capter la valeur au détriment des GDS, des agences de voyage d’affaires (TMC) et des entreprises clientes. La vente de prestations de voyage était, et demeure, pour ces nouveaux acteurs, un cheval de Troie pour imposer leur offre de gestion des notes de frais. Ces solutions de gestion des notes de frais, adossées à des systèmes de paiement d’entreprise (carte de paiement entreprise, carte logée) restent d’ailleurs les « vaches à lait » de l’industrie du voyage d’affaires. Alors, après tout, pourquoi se donner la peine de vendre des voyages ?
Le mouvement de l’open booking était né. Le mantra étant alors « réservez où bon vous semble, mais payez et gérez vos notes de frais avec nous ! ». Les fournisseurs de mobilité et les hôtels pouvaient donc désormais réaliser leur rêve, être en contact direct avec les clients et prendre des réservations sans passer par l’intermédiaire des GDS et des TMC.
Cette troisième révolution a commencé au milieu des années 2000 pour prendre fin en 2015.
La quatrième révolution digitale de l’industrie du Voyage
La quatrième révolution de l’industrie du voyage est celle de la banalisation des services de mobilité et de voyage, et de leur diffusion quel que soit les canaux digitaux et physiques.
L’industrie du voyage s’est banalisée et peut désormais être catégorisée comme un segment de la mobilité, offert comme un service Over The Top (OTT) par des acteurs de l’économie numérique créateurs de plates-formes d’agrégation. Dans le monde occidental, cette vision peut sembler hérétique (excepté pour Google), mais cela se produit déjà en Asie avec Alibaba et Baidu.
Ces nouveaux acteurs, les agrégateurs de mobilité, se voient eux-mêmes comme les futurs services Over The Top (OTT), au-dessus des fournisseurs de mobilité. Les constructeurs de voitures par exemple, frappés de plein fouet par l’économie du partage et le déclin de leurs ventes de biens physiques (les véhicules), ont commencé à se réinventer en proposant du service. Leur stratégie est désormais de s’assurer que leurs clients utilisent les voitures qu’ils fabriquent (même s’ils ne les achètent pas), et leur plate-forme de services via des applications mobiles et à l’intérieur même des véhicules, via le logiciel embarqué. On peut ainsi proposer des services de location d’hôtels à partir du logiciel installé dans la voiture ! Ces nouveaux entrepreneurs partent à la conquête des villes, une par une, en offrant une solution unique d’achat comprenant tous les services de mobilité disponible (« one-stop-shop »).
Dans un même temps, les autorités locales des grandes villes à travers le monde lancent des projets de gestion intelligente de la mobilité. Leurs objectifs étant de recueillir de l’information concernant leurs citoyens, d’en déduire des schémas de mobilité, et de réagir de manière optimale en influant soit sur l’offre, soit sur la demande pour mieux les satisfaire. Par exemple, le service Transloc peut traiter les données sur les voyageurs de deux façons. Premièrement, il informe les opérateurs de mobilité que certains de leurs services d’itinéraire fixe pourraient être repensés et être plus efficaces. Ils peuvent ainsi agir sur le nombre d’autobus en circulation ou sur l’itinéraire des routes desservies aux différents moments de la journée, en fonction de la demande. Ensuite, le nouveau système peut recommander quel fournisseur de mobilité (transport en commun ou privé) peut compléter les routes prédéfinies existantes, avec une offre à la demande plus flexible. Dans un scénario idéal, le nouveau temps de trajet se rapprocherait de celui d’un déplacement en voiture (et serait donc moins long qu’en autobus), mais son coût correspondrait davantage à celui d’un titre de transport en commun (plutôt qu’à celui d’un taxi).
La quatrième révolution digitale est portée par les licornes (« Unicorns »)
Les licornes sont des start-ups technologiques valorisées à plus d’un milliard, qui étaient supposées relever du mythe, selon le magazine économique américain Forbes. Elles semblent à présent établies partout. AirBnb, GrabTaxi, SpaceX, Lyft, Uber, pour n’en nommer que quelques-unes, sont parties à la conquête du monde, en déployant leurs services à un rythme effarant, soutenues par des centaines de millions de dollars, si ce n’est plus.
Uber connaît une telle popularité à Washington D.C. que les autorités municipales ont décidé de développer leur propre application de taxis, nommée « One City, One App ». Celle-ci devrait permettre aux chauffeurs de taxis d’être « visibles » sur l’application et d’être hélés d’un mouvement du doigt. En France, plutôt que de financer le développement d’une application, c’est une approche de données ouvertes, dont les règles sont exposées dans la loi Thévenoud, qui s’est imposée. Tous les taxis qui le souhaitent pourront à partir de l’automne 2015 publier leur position lorsqu’ils seront en service. Cette position sera alors mise à disposition des développeurs, via une API ouverte, qui pourront créer des applications de réservation. Ces applications transmettront toute demande de réservation du taxi à l’opérateur auquel il est rattaché. Il est à noter que tous les développements liés à cette plate-forme de données ouvertes taxi sont open source et sont réalisés par une start-up d’état, pilotée par Etalab.
Les assistants intégrés proactifs et multimodaux
Comme les solutions porte-à-porte multimodales ne couvrent pas le dernier kilomètre, et que les planificateurs d’itinéraires de mobilité n’offrent pas encore de service de réservation d’hôtels et de vols, aucune solution unifiée n’existe à ce jour pour subvenir à tous les besoins en matière de transport et de mobilité. L’enjeu est à présent, pour les agrégateurs de mobilité, de créer des plates-formes, ainsi que les services et outils associés, pour permettre la mise en œuvre de solutions porte-à-porte multimodales en temps réel sans couture. Le Forum Économique Mondial nomme ce type de solution IPITA pour « Integrated Proactive Intermodal Travel Assistant ».

IPITA n’est pas une utopie. Plusieurs solutions existent déjà et sont actuellement testées en toute confidentialité par les agrégateurs de mobilité. Mais pour être pleinement opérationnelles, les solutions de type IPITA ont faim de données qui ne sont malheureusement pas toutes encore disponibles. Donc, avant d’être officiellement mises sur le marché, le processus de production ou de collecte de données doit être complété, et cela prend du temps.
Les chercheurs universitaires travaillent également sur des solutions de type IPITA. Prenons par exemple l’initiative open-source SIRIUS, dont l’objectif est de proposer un assistant personnel vocal et visuel (capable de reconnaître des formes) de bout-en-bout autonome. SIRIUS viendra alors concurrencer des services comme Siri d’Apple, Google Voice de Google, Cortana de Microsoft ou Echo d’Amazon.
Ce n’est à présent qu’une question de temps avant que des agrégateurs de mobilité proposent des solutions porte-à-porte multimodales pour les transports domestiques, spécialement entre les grandes villes qu’ils desservent déjà. En attendant, des start-ups telles que Waynaut, proposent déjà des API et des widgets à ajouter aux sites web existants pour permettre une offre de mobilité complète et sans couture.

La lassitude du voyageur
En ce qui concerne l’industrie du Voyage, les dés sont jetés. Les voyageurs issus de la génération Y ont grandi avec Internet et les smartphones. Peu importe leur lieu de résidence, ces voyageurs utilisent les outils de réservation en ligne quel que soit l’appareil utilisé.
Mais, les agences de voyage en ligne, les sites de metasearch (tels que Kayak ou Tripadvisor), ou encore les outils de réservation d’entreprise en ligne (comme Concur ou KDS) ne proposent toujours pas de services efficaces de recherche et de réservation de solutions de mobilité pour le dernier kilomètre. La lassitude du voyageur, révélée sondage après sondage, n’a à ce jour jamais reçu de réponse adéquate. C’est pourquoi Google demeure toujours la porte d’entrée privilégiée pour les recherches de solutions de mobilité sur appareil mobile et que les taxis s’avèrent incapables de concurrencer Uber.
Ce qui compte avant tout c’est la rapidité du service, mais aussi la perception qu’en ont les usagers. On remarque ainsi que la durée de l’existence du service Uber dans une ville a un impact direct sur le temps que les consommateurs sont prêts à attendre pour obtenir un véhicule. Autrement dit, Uber rend les usagers impatients ! Voilà donc un exemple qui illustre parfaitement comment les plates-formes gagnent toujours lorsqu’il s’agit de faire changer les comportements des utilisateurs. Et les clients sont désormais versatiles et prêts à ne choisir que la meilleure option qui s’offrira à eux (la plus rapide, la moins chère, la plus fascinante). Cela mènera de manière certaine à l’émergence de nouvelles habitudes de mobilité. BlaBlaCar par exemple, en changeant les habitudes de mobilité, concurrence désormais la SNCF sur certaines routes.
Les agrégateurs de mobilité sont centrés sur l’expérience utilisateur
Les agrégateurs de mobilité ont bien compris dès leur naissance que fournir la meilleure expérience utilisateur aux clients des grandes villes était une des clefs du succès. Il est vrai, qu’une fois en route, la meilleure approche pour rechercher une solution de mobilité demeure l’utilisation d’un assistant virtuel. L’application Scout, par exemple, créée en Inde, peut vérifier la disponibilité des taxis autour de vous en temps réel chez plusieurs fournisseurs de mobilité (Olacabs, Uber, Lyft, Hailo, Taxiforsure) en employant une seule application gérant d’ores et déjà plusieurs grandes villes d’Inde. Une fois le taxi le plus proche sélectionné, l’application redirige alors l’utilisateur vers l’application du fournisseur de mobilité choisi afin de compléter la réservation. La même approche, mais uniquement en mode web, l’application mobile étant en construction, a été mise en place par la société française Le Taximètre.

L’autre point de départ pour une recherche de solutions de mobilité est l’agenda. Imaginons que les rendez-vous planifiés soient automatiquement enrichis de données sur le temps de transport, et que cette information reste constamment mise à jour ! Cela signifierait que nous serions toujours informés des possibles retards dus au trafic ou du départ en avance sur l’horaire d’un autobus. Et c’est déjà possible, du moins aux Pays-Bas, avec l’application gratuite Calendar42.
L’intelligence prédictive à la rescousse
Les fournisseurs de mobilité créent de nouveaux usages, de nouvelles expériences, de nouveaux comportements et au final de nouvelles habitudes (c’est-à-dire des choix réalisés de manière inconsciente). Cela a déjà un impact sur les habitudes des voyageurs d’affaires fréquents et sur la manière dont ils planifient leurs déplacements quotidiens, et plus tard cela aura une incidence pour tous leurs déplacements. Plus ils auront confiance envers leur assistant virtuel, moins ils utiliseront les services des OTA et des metasearch pour leurs déplacements, si bien sûr on leur offre la bonne information.
C’est pourquoi 3Mundi, un opérateur de voyage d’affaires, a lancé récemment une application mobile, qui une fois la réservation effectuée sur l’outil de réservation d’entreprise (Corporate Online Booking Tool), propose des services intelligents de mobilité à ses voyageurs. Ces services utilisent des fonctionnalités de machine learning, qui après une phase d’apprentissage, proposent aux voyageurs de manière proactive des solutions adaptées à leur contexte. Ainsi par exemple, 3Mundi a détecté que le taux d’acceptation de taxis est corrélé à la luminosité et donc aux heures de lever et de coucher de soleil.
L’intelligence prédictive : un service clef des plates-formes
Puisque le logiciel dévore le monde, comme l’a prédit Marc Andreessen, et que les plates-formes gagnent toujours lorsqu’il s’agit de faire changer les comportements des utilisateurs, tous les chemins numériques devraient conduire à votre plate-forme : les smartphones, le montres et bracelets connectés, les systèmes logiciels dans les voitures.
Les acteurs de la mobilité qui disposent d’une plate-forme auront toujours un avantage majeur : ils pourront de manière transparente recueillir, classer et indexer des données. Ces dernières constituent l’élément essentiel des solutions d’intelligence prédictive, qui rendent les plates-formes plus intelligentes (et donc plus utiles) en en apprenant toujours plus sur leurs utilisateurs. À terme, elles deviendront de par leur justesse d’analyse et leur utilité, le seul système en lequel les utilisateurs auront confiance. En changer deviendra difficile. Les habitudes, encore et toujours.
L’industrie du Voyage a déjà compris cette leçon lors de l’émergence des GDS et des OTA, qui accaparent les données et en tire de la valeur. Les acteurs de cette industrie ont payé le prix fort pour ne pas avoir investi dans leur propre système de plate-forme et en déléguant à d’autres la valorisation de ces données. Pour les fournisseurs de services de voyage, l’utilisation des GDS et des OTA, qui fournissent d’excellents services de recherche et de réservation, présuppose l’acceptation de la perte de connaissance de leurs utilisateurs et de leurs usages.
Afin d’être proactifs, les fournisseurs de voyages et de mobilité se doivent d’investir dans une, voire plusieurs plates-formes, pour créer un écosystème autour d’eux, être visibles et apparaître dans les recherches ou les propositions d’assistants virtuels. Google, par exemple, offre déjà la gestion native et propriétaire d’informations relatives à la mobilité via Google Search, les e-mails (avec Gmail ou Google inbox), le calendrier, les notifications proactives et dans les voitures, via Android Auto. Google a récemment ouvert aux développeurs, via une API, son service de cartes contextuelles intelligentes, nommé Google Now. Google Now défini un autre mode d’interaction avec les voyageurs, sans nécessité d’applications à installer, et en proposant des solutions de manière proactive en fonction du contexte. Ainsi Hailo, le service de taxi opérant à Londres, s’est associé avec Google afin d’introduire une « Now Card » qui proposera à l’utilisateur un taxi, sans qu’il ne le demande et sans qu’il ne saisisse aucune information, pour regagner son domicile en fin de journée et après sa dernière réunion.
Le pouvoir du big data
Les plates-formes étant le réceptacle recommandé pour les données ouvertes et de déplacement des voyageurs, elles offrent aussi de nouvelles perspectives alléchantes, notamment en utilisant des outils d’analyses de type big data. Il devient ainsi désormais possible de reconstruire les trajets de chaque utilisateur et de les corréler aux données de trafic, pour offrir de meilleurs schémas ou solutions de mobilité.
Ainsi, la société Bridj, a mis en place un réseau de navettes express réservables à l’avance, ou avec un préalable de quelques minutes, qui s’adaptent aux conditions de circulation. On peut aussi citer SmarTaxiqui est utilisé par les taxis pour anticiper les zones urbaines où la demande de courses sera importante ou Urban Enginesqui se sert de l’information recueillie via des milliards de déplacements effectués par les individus et les véhicules pour améliorer ses recommandations aux villes concernant les schémas de mobilité urbaine.
Le Big Data sert aussi à comprendre et améliorer les schémas de mobilité des villes. ForCity fournit un service de de recommandation et de prédiction des impacts liés à la mobilité pour les décideurs politiques et d’entreprises d’un territoire donné. Et la plate-forme Xeros Mobility Analytics (MAP) dresse un portrait global des schémas de transport à l’échelle d’une ville, incluant la convenance et le respect des horaires, le niveau de charge des modes de transport proposés et le taux d’utilisation des parcs automobiles.
Enfin, l’industrie du Voyage a aussi vu l’émergence de plates-formes big data, mais plutôt centrées sur l’aide à la vente. WayBlazer étant le dernier exemple en date. Construit au-dessus du moteur d’IBM Watson, il délivre des conseils personnalisés et contextualisés aux voyageurs à chaque étape de leur voyage, de la phase d’inspiration à la transaction d’achat finale.
La mue des applications mobiles et le deep linking
Pour répondre aux usages en constante évolution, il est désormais courant de scinder une application unique offrant de nombreux services, en plusieurs applications offrants des fonctionnalités limitées, dédiées à un usage particulier (« unbundling » en anglais). Pour permettre néanmoins aux utilisateurs de s’y retrouver, ces applications sont liées entre elles via des hyperliens (en anglais « deep linking »). On cherche alors à reconstruire le modèle du Web, mais en naviguant d’applications en applications sur son mobile, au lieu de naviguer de sites en sites. L’objectif étant alors de maximiser les chances qu’un utilisateur télécharge une des applications, et qu’il soit amené par la suite à en télécharger une autre pour réaliser une autre type de tâches. On vise aussi et avant tout, à ce que l’utilisateur reste dans une galaxie d’applications prédéfinies, que l’on contrôle et à partir desquelles on peut glaner des données. On peut citer par exemple, l’application Foursquare dédiée à la découverte de nouveaux lieux et son complément Swarm qui aide les usagers à partager leur position actuelle avec leurs amis. Facebook et Yammer ont également scindé leurs applications, pour découpler le réseau social de la messagerie (Facebook Messenger ou Yammer Messenger).
URX va encore plus loin en recueillant des informations du contexte de l’utilisateur, afin de proposer les applications les plus pertinentes pour un utilisateur donné et un besoin donné. Il utilise pour cela son propre moteur de recherche, pour lancer le bon site web ou l’application la plus pertinente avec les bons paramètres pour éviter toute saisie additionnelle.
Ce qu’a apporté Google Adwords à la recherche sur le Web, va se reproduire sur chaque téléphone mobile. D’ailleurs, Deeplink.me a récemment lancé AppWords, une plate-forme mobile de recherche et de publicité qui utilise des mots-clés pour relier différents contenus pertinents entre deux applications. Par exemple, en ayant un itinéraire de voyage enregistré, il est possible de détecter qu’aucun fournisseur de mobilité n’a été choisi pour se rendre de l’aéroport à l’hôtel, et si plusieurs applications de commande de taxis sont installées sur le téléphone, des techniques de push seront utilisées pour afficher leurs offres de prestations sur ce trajet.
Il est à noter que les planificateurs d’itinéraires multimodaux ont adopté une approche opposée, car ils proposent des itinéraires porte-à-porte dès le départ via une expérience-client unifiée (de la planification à la réservation, en passant par les changements en temps réel en cours de route). L’expansion des usages de planificateur de mobilité multilmodaux et porte-à-porte, est néanmoins conditionnée au nombre d’options de mobilité proposées et disponibles à la demande. C’est exactement ce que les grandes villes tentent de « construire » avec l’aide des fournisseurs de mobilité. Ces outils seront encore plus efficaces quand les voitures autonomes ou les « robots-taxis » seront déployés.
L’amélioration du service, l’autre révolution
Dans les industries de la mobilité intelligente et du voyage, offrir de la technologie est insuffisant. Les fournisseurs et les agrégateurs de mobilité doivent également transformer la façon dont ils s’occupent (bien) de leurs clients. Le choix de solutions variées de mobilité, présentées de manière proactive et intelligente, ne représentant qu’une partie de la solution au problème de l’impatience et de l’irritabilité extrême des voyageurs.
Et force est de constater que les efforts requis pour améliorer les services rendus ne donnent toujours pas de résultats probants. À l’ère de la mobilité intelligente, où partager sa colère se fait en un tweet, les clients insatisfaits peuvent nuire gravement au Tourisme d’une ville et/ou entraîner des mouvements de contestations de citoyens vis-à-vis des élus. Offrir les meilleurs services de mobilité, et les plus sécurisés, est devenu un sujet à l’ordre du jour de nombreux politiciens.
Afin d’améliorer le service, ou du moins sa perception, l’option la plus couramment mise en œuvre consiste à assurer une meilleure communication entre les utilisateurs, les institutions de transport et les fournisseurs de transport. À Paris, par exemple, chaque ligne de métro possède son propre compte Twitter et les usagers peuvent donc communiquer avec les employés de la RATP. Une autre option consiste à permettre des interactions immédiates via la mise en relation par SMS ou par appel vidéo et sans l’aide d’une application.
L’ère de la mobilité mènera à la création de nouveaux écosystèmes
L’ère de la mobilité forcera l’industrie du voyage à réinventer la notion d’itinéraire (« trip »), historiquement trop statique, pour offrir des solutions à la fois interactives, proactives et transparentes pour un trajet complet incluant le dernier kilomètre.
Certaines agences de voyage d’affaires, développent désormais de nouvelles stratégies visant à éviter leur désintermédiation, tout en se replaçant au centre de la chaîne de valeur. L’une des solutions envisagées est de scinder leurs opérations en deux filiales différentes : l’une fournissant des solutions OTT en mode SaaS et l’autre offrant des services standards d’agences de voyage. C’est en particulier le cas pour Hogg Robinson Group (HRG), qui a séparé sa société mère en deux, avant de lancer sa toute nouvelle offre SaaS appelée Fraedom. Les GDS tels qu’Amadeus ont déjà mis en œuvre cette stratégie avec succès il y a des années en séparant la création et la vente d’outils pour les agences de voyage et les fournisseurs de transport et les services du GDS. Dans tous les cas, les agences de voyage connaîtront des temps difficiles, car leurs clients ne sont pas prêts à payer pour la technologie qu’ils développent, considérant qu’elle est déjà intégrée dans le prix du service offert.
En attendant, les OTA et les metasearch ont déjà beaucoup investi dans leurs plates-formes et attaqueront tôt ou tard le marché de la mobilité, après avoir terminé de patauger dans le secteur de la restauration et du divertissement. Ils bénéficient quoi que l’on dise de leur empreinte globale et de la forte notoriété de leur marque.
Tout le monde veut devenir le GDS de la mobilité du futur, en dépensant l’argent des fonds privés et de capital de risque qui leur ont été confiés, pour conquérir de nouveaux territoires et faire l’acquisition de nouvelles entreprises lorsque c’est nécessaire. Leur objectif principal est de s’assurer une position de monopole qui générera des revenus dans le futur.
Enfin, les acteurs de la mobilité intelligente continueront leur conquête des grandes villes et le quadrillage numérique des territoires, en déployant leurs services et technologies OTT. Puis, ils intégreront les fournisseurs de mobilité entre les villes, la réservation d’hôtels, ... D’ici dix ans, la mobilité conçue comme un service (« Mobility as a Service ») sera devenue une réalité pour tous. Une nouvelle habitude de consommation des transports, qui se préfigure déjà en Finlande.

*William El Kaim est consultant spécialisé dans l’innovation technologique dans l’industrie du Transport et du Voyage d’Affaire. Auparavant, il a fait partie de l’équipe innovation pour les produits globaux de Carlson Wagonlit Travel à Paris, où il a contribué à la création de services innovants dans le domaine du voyage d’affaire et a déposé un brevet. Il détient un doctorat de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris en génie logiciels.
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