L’avenir du commerce coopératif selon la FCA

La Fédération du Commerce coopératif et associé (FCA) a organisé une table-ronde, hier matin, à la Cinémathèque française.

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Leila Jolin-Dahel

3 juin 20157 min de lecture

FAC 2
© Archives Travolution

La Fédération du Commerce coopératif et associé (FCA) a organisé une table-ronde, hier matin, à la Cinémathèque française. Dans le cadre de ses Rencontres 2015, l’événement avait pour thème « Le Commerce Coopératif et Associé, précurseur de l'économie collaborative ».

Animée par Olivier Dauvers, la rencontre a réuni plusieurs professionnels du secteur afin de discuter de l’avenir du commerce coopératif et des enjeux auxquels il pourrait faire face. Le nouveau président de la FCA, Éric Plat, a d’ailleurs commencé la matinée par un discours soulignant les forces de ce système économique. « Pour 1% de hausse du chiffre d’affaires, nous avons connu 3.5% de croissance de l’emploi », a-t-il déclaré. Selon lui, le modèle de commerce coopératif est le précurseur d’une économie collaborative, tous deux se basant sur une logique communautaire impliquant le partage de l’expérience, l’efficacité et la mise en commun des ressources et des informations. La valeur ainsi créée par l’économie collaborative profite également, à son avis, souvent au pays d’où elle est issue et favorise la création d’un coussin « anti-crise économique ».

L’avenir passe par le big data

Selon l’économiste et essayiste Nicolas Baverez, à l’avenir, les entrepreneurs s’intéresseront davantage aux clients qu’aux produits. « Le passage en magasin est plus important pour les achats futurs que pour les achats présents », a-t-il souligné au sujet de la puissance du big data qui amène les commerçants à en savoir plus sur leurs clients et à ainsi anticiper leurs besoins.

À l’ère où la mondialisation dirige le 21e siècle, M. Baverez a ajouté que la révolution technologique concerne tout le monde. En prenant l’exemple d’Uber, il a déclaré que « le consommateur peut dorénavant être producteur. » À son avis, la distinction entre les produits et les services offerts deviendra de plus en plus floue et l’économie numérique sera centrée autour du service. Dorénavant, on partagera les usages et les propriétés au lieu d’investir beaucoup de capital. « Et c’est vrai tant du côté de l’offre que celui de la demande », a-t-il spécifié.

Un avis que partage le journaliste et auteur du livre «  Sharing economy, le numérique au service des échanges collaboratifs », Olivier Bitoun. Selon lui, si le marché actuel de l’économie collaborative ne représente mondialement qu’une somme de 12 milliards d’euros, elle atteindra 258 milliards en 2025 grâce aux nouvelles technologies. Un univers économique où « tous ont à y gagner, car la plate-forme met en relation l’offreur et le demandeur », a-t-il dit.

Une croissance basée sur le service aux clients

La prospérité des entreprises dans le futur passera donc par l’amélioration du service rendu au client. Les objets connectés représentant un gros marché potentiel, le big data aidera à améliorer la productivité, le pouvoir d’achat et à accélérer la vitesse de la croissance économique. Selon M. Baverez, le marché africain représente également de nombreuses possibilités d’expansion pour les entreprises françaises grâce à la mondialisation qui se veut une « véritable machine à abolir les frontières ». Le futur du capitalisme, lié aux technologies, sera aussi plus entrepreneurial donc nous verrons un plus grand nombre de partenariats entre les différentes entreprises.

Mais aura-t-on toujours besoin des commerçants ? M. Baverez est d’avis que l’intermédiation se fera énormément via les plateformes. « Il y aura toujours des commerçants, mais pas les mêmes commerces », a-t-il expliqué au sujet du fait que les entreprises devront offrir à la fois un produit, un service et un label de confiance en se centrant davantage sur les besoins du client. Olivier Bitoun a renchéri en déclarant qu’il y aurait toujours des intermédiaires, « mais que ceux-ci changeraient de nature ».

Le directeur général de Best Western France, Olivier Cohn, a de son côté souligné que les acteurs établis recréeront de la valeur en développant des services digitaux tels que le check-in et le paiement sur mobile. Tout cela dans le but de montrer aux clients que « la valeur reste dans l’hôtel choisi et pas dans le distributeur par lequel il fait sa réservation ». Un défi de taille pour les entreprises établies dans un système qui tend de plus en plus à muter vers un univers où les propriétaires sont des gens qui maîtrisent l’interface de la relation avec le client.

Les enjeux liés aux technologies

Selon Éric Plat, le principal obstacle au développement du commerce collaboratif lié aux technologies est que, si le numérique est une « opportunité formidable de développement », plusieurs entreprises manquent actuellement d’aptitudes à changer leurs habitudes. Une transformation plus facile à réaliser pour les acteurs naissants que ceux déjà établis.

Un avis partagé par le président d’Orpi, Bernard Cadeau. « Il y a un décalage énorme entre le carcan administratif et la volonté des entrepreneurs à faire des changements », a-t-il constaté. Pour Olivier Cohn, la clé du succès réside toutefois dans la possibilité de « faire des investissements massifs en technologie tout en gardant un aspect humain ». Selon lui, si les avancements technologiques ont énormément aidé à faire progresser l’économie collaborative, les entrepreneurs se doivent d’être agiles et réactifs. Au moment où différents nouveaux acteurs de l’économie collaborative comblent les vides dans le marché, la question que les grandes entreprises doivent se poser n’est « pas si c’est bien ou mal, ou d’y aller ou pas, mais quand et comment aller vers le digital », a-t-il soutenu.

Nicolas Baverez croit de son côté que les leçons à tirer de ces bouleversements sont de savoir anticiper et absorber les chocs, de faire preuve d’agilité pour innover et de voir large et loin pour être en mesure d’accepter les changements. L’ère numérique soulève aussi selon lui un dilemme : une entreprise doit-elle opter pour le low cost ou la haute valeur ajoutée ? Une remise en question essentielle, à son avis.

Les technologies numériques amènent également une question éthique : est-il approprié de se servir des données recueillies par le digital ? Pour M. Baverez, il est crucial de légiférer le marché des données, de limiter leur utilisation et de redéfinir la frontière entre les entreprises privées et publiques.

Selon Olivier Cohn, s’il est devenu évident que l’avenir passe par le fait d’anticiper les besoins des clients via une plate-forme, un encadrement légal de ces mêmes outils doit être mis en place. « Je vois des gens en faire leur métier en n’ayant aucune règle à respecter et je pense qu’ils devraient avoir les mêmes responsabilités que le reste des professionnels », a-t-il dénoncé au sujet de certains particuliers qui utiliseraient des plate-formes telles qu’AirBnB pour en tirer leur principal revenu, au détriment de l’industrie hôtelière.

Une innovation constante

« Le commerce coopératif a besoin de se réinventer sous le numérique, en permettant à ses différents acteurs d’apprivoiser les nouvelles valeurs liées aux technologies », croit le co-fondateur de OuiShare, Alain Léonard.

Le président du Groupe Crédit Coopératif, Jean-Louis Bancel, a toutefois émis une mise en garde. « Le danger, c’est que ça devienne le far-west », a-t-il énoncé, en soulignant que, si les entreprises doivent toujours conserver leurs valeurs coopératives, elles n’ont guère le choix d’être toujours à la recherche de nouvelles innovations.

Pour arriver à cela, le directeur e-commerce et marketing de Selectour Afat, Edouard Roux de Lusignan, est d’avis que les entreprisent devront créer des plate-formes permettant à un ensemble d’individus d’interagir et de faire des transactions dans un cadre sécurisé. « Internet nous oblige à revenir aux bases fondamentales de notre métier qui est la relation avec le client », a-t-il résumé.

Dans ce monde de changements, Bernard Cadeau et Olivier Cohn partagent l’idée qu’une des forces du commerce coopératif est que les différentes entreprises ne sont pas isolées pour comprendre à elles-seules les mutations de leur milieu d’Affaires. Pour eux, la force collaborative est une force de réseau qui permet le partage des connaissances.

En somme, malgré les différents obstacles auxquels il fait face, le commerce collaboratif semble être une voie à explorer pour plusieurs entreprises.

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