C’est la fin du voyage tel qu’on le connaissait et l’aube d’une ère de la mobilité intelligente. Les voyageurs, aujourd’hui munis de leurs smartphones, ont permis ce changement en adoptant des services qui n’existaient pas il y a encore cinq ans. Cet article est le premier d’une série de trois, qui tous visent à expliquer les raisons de ce changement en œuvre.
La croissance de l’industrie du voyage est reliée au PIB
Au niveau mondial, une croissance du PIB se traduit par une augmentation de la richesse globale qui accroît la propension des gens à voyager. Ainsi, si le PIB mondial augmente de 1%, cela génère une croissance du trafic aérien de 1.3%. Toutes choses étant égales, une baisse du prix moyen des billets d’avion assouplit les contraintes budgétaires des consommateurs tout en permettant à plus de gens de voyager.
On estime que l’élasticité du prix de la circulation aérienne des passagers est de l’ordre de 0.6 à l’échelle mondiale. Cela signifie que, si le prix moyen d’un billet baisse de 1%, le trafic aérien monte quant à lui de 0.6% (pour en savoir plus, consulter Airbus Market Forecast mis à jour chaque année).
Une étude publiée par Oxford Economics, commandée en 2014 par Amadeus, fournisseur de solutions technologiques pour l’industrie mondiale du Tourisme, a prédit que l’industrie mondiale du voyage croîtrait de 5.4% par an lors de la prochaine décennie, devançant celle du PIB mondial. En 2023, les voyageurs venant de Chine pourrait représenter 20% des dépenses mondiales de voyage, comparativement à 1% en 2005. Ailleurs, le Brésil, l’Inde, la Russie, la Turquie et l’Indonésie sont les marchés offrant le plus grand potentiel de croissance. Le nombre de Chinois voyageant aux États-Unis croîtra d’environ 140% durant les quatre ou cinq prochaines années, la proportion d’Indiens croîtra de 54%, celle des Colombiens de 56% et celle des Brésiliens de 50% !
Un nouveau monde urbanisé et connecté
Le monde entre dans la phase finale d’une période d’explosion démographique, qui a débuté au milieu des années 1960 et élèvera la population mondiale à huit milliards d’individus en 2025 (d’après le département des affaires économiques et sociales des Nations Unies). L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine totaliseront presque à elles seules la croissance démographique des 20 prochaines années ; celle de l’Occident comptera elle pour moins de 3%. Cette explosion démographique des pays émergents, combinée à la croissance du PIB de ces pays, conduira à la naissance d’une nouvelle classe moyenne, jeune et désireuse de voyager.
Cette nouvelle classe moyenne vivra dans les villes. Entre 1985 et 2010, le nombre de centres urbains dépassant 5 millions d’habitants est passé de 27 à 61. En 2025, l’ONU prédit qu’à ce nombre, s’ajouteront neuf nouvelles méga-cités comptant chacune plus de 10 millions d’habitants rien qu’en Asie. Le McKinsey Global Institute estime que d’ici 2030, un pays comme l’Inde devra créer une nouvelle ville comme Chicago chaque année, pour accueillir les millions de villageois venus des campagnes à la recherche d’un travail.

Les chiffres sont impressionnants ! L’une des premières choses à laquelle ces nouveaux voyageurs urbains devront faire face quotidiennement sera leur déplacement, véritable défi pour les transports au sein de leur propre ville, banlieue, région et pays de résidence. Les villes densément peuplées devront adapter leurs services de mobilité afin de poursuivre leur développement. Elles seront contraintes de réduire la pollution et le surpeuplement, d’assurer la sécurité et d’améliorer les infrastructures de transport telles que les trains, les autobus et les aéroports afin de faciliter l’activité économique.
Le XXe siècle était l’ère des Nations, le XIXe sera celui des villes
Le concept de ville intelligente n’est plus seulement une expression à la mode. Des villes comme Rio de Janeiro, soutenues par des investisseurs privés en quête de rendement à long terme, sont maintenant impliquées dans l’élaboration de solutions intelligentes tant pour les trajets quotidiens de ceux qui vont travailler que pour les touristes.
Aux États-Unis, le concept de « méga-régions » est employé dans l’organisation de l’évolution du transport. Les méga-régions consistent en des réseaux de régions métropolitaines aux économies, infrastructures et ressources naturelles communes.
L’Europe, la Chine et l’Inde élaborent également des plans tout en fournissant des fonds pour l’avancement des réseaux de transport et faciliter des mouvements d’individus et de marchandises.
Le concept d’Aerotropolis, imaginé par l’universitaire américain John D. Kasarda, définit de nouvelles formes de centres urbains. Une Aerotropolis est une nouvelle cité urbaine qui place les aéroports au centre, en planifiant la construction des villes autour, reliant ainsi les travailleurs, fournisseurs, cadres et marchandises au marché mondial. Paris, Londres, Denver, Dubaï, la ville de New Songdo City en Corée du Sud et Panama ont déjà adopté différentes mesures d’urbanisme sur le modèle d’Aerotropolis. Toutes les villes veulent être le point central du nouveau et futur réseau de transport mondial. Le flambant neuf Aéroville construit non loin de Roissy Charles De Gaulle, en est un parfait exemple.
À la conquête du dernier kilomètre
Dans une mégapole densément peuplée, faire voyager implique bien plus que réserver à l’avance des vols et des hôtels. Tout commence lorsque les gens quittent leur domicile quotidiennement : il s’agit alors de prendre en compte leur cheminement complet, avec leurs aléas (tels que les problèmes de circulation ou les pannes des moyens de transport), de la maison à la destination finale. Le déplacement porte-à-porte est donc, dans le cas d’une ville intelligente, adapté et repensé en temps réel en fonction des différents contextes : individuel (santé, emploi du temps, budget), urbain (pollution, travaux sur les routes, etc.), météorologique (temps, degré d’ensoleillement, etc.).
L’itinéraire et la réservation des moyens de transport devraient également être réalisés aussi simplement que possible, en offrant pro-activement des solutions aux problèmes lorsqu’ils arrivent, tout en les anticipant lorsque possible. Mais pour pouvoir offrir des solutions aux problèmes rencontrés, encore faudrait-il que les villes disposent de différentes options, accessibles à la demande et réservables en ligne et sur mobile. Le bouquet des moyens de transports de chaque ville doit alors être évalué et adapté afin que les options présentées répondent à des contextes précis d’utilisation, et aux nouveaux usages de la population. Dans les villes modernes d’aujourd’hui, la variété des réseaux de transport est l’une des clés de la prospérité. Et si elle n’est pas déjà existante, de nouvelles entreprises la fourniront. Par exemples, Leap Transit propose à San Francisco des transports en autobus dans des aires non desservies, et PADAM à Paris offre un service d’autobus partagé à la demande la nuit.
On comprend alors que des nouveaux acteurs se lancent à la conquête des villes en essayant de devenir la plateforme de mobilité urbaine majeure. L’objectif étant d’agréger les informations (horaires, alertes, trafic) et les services (achat de billets, réservation, systèmes de loyauté) des réseaux de transport existants ou nouvellement créés. Ces plateformes devront contribuer également à l’élaboration de villes intelligentes en reversant les données collectées et anonymes aux gestionnaires des municipalités afin qu’ils puissent comprendre et améliorer les déplacements de leur population. Imaginez le jour où il sera possible à Paris ou Lyon, avec la même application et sur votre téléphone mobile, de héler un taxi, réserver un VTC ou un vélo et d’acheter les différents billets de transport ! Ne pensez-vous pas que vos usages de ces moyens de transport changeront ? Nos élus locaux ont du mal à comprendre l’intérêt des plates-formes, mais l’arrivée des villes intelligentes devraient changer la donne à terme.
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Des fournisseurs de transport intelligents pour les villes densément peuplées
Des fournisseurs de transport intelligent existent désormais partout à travers le monde, ciblant tous nos besoins en termes de mobilité. Bien entendu, on pense immédiatement aux nouveaux entrants comme Uber, SpaceX, Kuaidi Dache, ou OlaCabs. Mais, et on le sait moins, il existe aussi de nombreuses autres entreprises, dont le Métier était adjacent au transport, qui se sont lancées dans l’aventure. On peut citer ainsi les constructeurs de voitures (BMW, Daimler, Ford,…), les fournisseurs de solution de transport public (Keolis, Transdev, Xerox Transportation, …) ou les services de transport en commun (vélos, voitures, motocyclettes, bateaux, ...).
Les services d’autobus sont également en croissance, du fait qu’ils sont moins coûteux que les trains et les avions, et offrent une valeur ajoutée très appréciée par la génération Y. Le trajet de Berlin à Munich en utilisant MeinFernbus coûte 22 euros (Wi-Fi inclus), au lieu des 142 euros en train avec Deutsche Bahn. En France, la loi Macron a récemment déréglementé les transports sur les longues distances pour permettre d’étendre les réseaux de transport, et si possible à bas prix.
D’autres pistes intéressantes permettent de nouveaux usages, comme à Porto, où des centaines de bus et de taxis se sont transformés en hots spots mobiles connectés au Wi-Fi, pour des dizaines de milliers d’usagers. Les routeurs fournis par Veniam collectent également des données des véhicules (mais aussi grâce à des capteurs sensibles sur les poubelles à travers la ville intelligente) qu’ils relaient aux bureaux municipaux pour aider à la planification urbaine.
L’essor des agrégateurs intelligents de mobilité
Du point de vue du voyageur, il est d’une importance primordiale d’avoir la possibilité de découvrir, choisir et réserver une ou plusieurs solutions de transport en temps réel afin de compléter son itinéraire dans une zone précise (dans l’environnement immédiat, à travers la ville, etc.). De nouveaux opérateurs appelés « agrégateurs de mobilité » émergent en créant à la fois des plates-formes digitales (incluant les paiements on-the-go et les systèmes d’émission de billets) et des réseaux de mobilité (zones de parking pour les vélos ou location de voiture).
L’objectif, pour eux, est de devenir la référence en matière de mobilité, en couvrant tous les besoins, et en offrant une solution de paiement unique pour un transport multimodal dans une ville donnée. L’un des agrégateurs les plus avancés, Moovel, construit par Daimler, propose dans plusieurs ville d’Allemagne via son application unique : la location de scooter électrique, ses services de locations de voiture Car2go et Car2go Black Services, son agrégateur de parking Park2Gether, ainsi que d’autres services de transport locaux.
L’un des meilleurs exemples de nouveau fournisseur de transport, et agrégateur, est la start-up américaine Shift qui a entièrement créé son propre système de transport en commun privé à Las Vegas. Ce dernier est composé d’une flotte de vélos privés, de petites voitures, de voitures électriques Tesla, et de navettes de transport à la demande. Shift offre un nombre illimité de voyages de courte distance, et 20 minutes gratuites par voyage, du lieu de prise en charge au lieu la destination. L’entreprise, dont les services sont accessibles via un abonnement, garantit à ses usagers qu’ils effectueront leur trajet de la façon la plus efficace, et obtiendront un moyen de transport en moins de cinq minutes après avoir réalisé leur demande via l’application mobile.
L’aube de l’ère de la mobilité intelligente
Nous entrons dans une nouvelle ère de la mobilité, où de nouveaux acteurs apparaissent et viennent bousculer à la fois l’industrie du Voyage (domestique et régional) et l’industrie des Transports, notamment sur le dernier kilomètre. Les fournisseurs de Transport et agrégateurs de service de mobilité ont commencé à chambouler l’industrie en séduisant les villes, une par une, et en agrégeant leurs modes de transport à l’aide de plates-formes digitales.
Le Transport est en train de se démocratiser ; il est désormais offert comme un service (« Mobility as a Service » ou MAaS), par des entreprises qui maitrisent les plates-formes logicielles (comme Google, Alibaba, Amazon, Rome2Rio) et des sociétés qui développent des applications mobiles donnant des informations en temps réel (Moovit, CityMapper, Ridescout). Ces fournisseurs offrent déjà des services intelligents de planification, voire parfois de transport, porte-à-porte, dans les villes. À terme, ils étendront leurs services pour couvrir les transports entre les villes, et en viendront ainsi à concurrencer les sociétés spécialisées dans la vente de voyage.
Dans un monde où chaque déplacement porte-à-porte devient multimodal, ce qui comptera pour l’utilisateur sera d’accéder aux meilleures solutions de transport, à la demande et sans couture, en prenant en compte son contexte immédiat. Chaque déplacement pourra alors être planifié à partir de son téléphone, via son agenda, ou via une application dédiée et parfois même proposé de manière intelligente par un assistant virtuel.
*William El Kaim est consultant spécialisé dans l’innovation technologique dans l’industrie du Transport et du Voyage d’Affaire. Auparavant, il a fait partie de l’équipe innovation pour les produits globaux de Carlson Wagonlit Travel à Paris, où il a contribué à la création de services innovants dans le domaine du voyage d’affaire et a déposé un brevet. Il détient un doctorat de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris en génie logiciels.
Rise of smart mobility part 1 - rise of smart mobility era from William EL KAIM
Photo d’ouverture: Fotolia © Sergey Nivens