Glenville Morris, directeur du consulting chez Mobile Travel Technologies (MTT)
Quel est l’avenir des smartwatch et de leurs applications dans l’industrie du Tourisme? C’est ce que TOM a demandé à Glenville Morris, directeur du consulting chez de Mobile Travel Technologies (MTT), fournisseur de solutions mobiles pour les acteurs du Voyage.
Depuis quand ressentez-vous un intérêt de la part des entreprises du Voyage pour les montres connectées?
Je note un intérêt grandissant pour cette tendance depuis les 3 ou 4 derniers mois. Au lancement de Passbook qui avait été annoncée avec IOS6 en 2010, seulement deux entreprises du secteur aérien étaient présentes. Mais il y a quelques semaines, 15 entreprises de cette industrie ont assisté au lancement des applications de l’Apple Watch, notamment parce qu’elles ont créé leur propre application. Parmi elles, Easyjet, Delta airlines, American Airlines, Singapore Airlines… On note également l’intérêt des agences en ligne telles qu’Expedia ou encore des sociétés comme HotelTonight et Hotels.com.
Les compagnies aériennes et les pure players sont donc les acteurs pour qui ces nouveaux terminaux ont le plus de potentiel?
En effet, ces entreprises sont très intéressées. Quelques sociétés comme Delta Airlines et American Airlines sont sur Android et d’autres, comme TripIt et Foursquare, sont aussi sur Google Glass. L’Apple watch a réellement enflammé le marché des montres connectées pour ces grandes entreprises.
Selon vous, quels sont les meilleurs exemples d’applications pour smartwatch?
Mon opinion est évidemment un peu biaisée, mais je dirais probablement que l’application d’EasyJet est probablement le meilleur exemple actuel. Étant donné que plusieurs entreprises fournissent le même type de renseignements, il y a déjà un standard établi : informations précisant le lieu de l’embarquement, le numéro du terminal, l’alerte en cas de vol retardé, etc. La majorité des entreprises donnent donc ce genre de détails, mais très peu d’entre elles se distinguent en offrant un service unique. Or, l’application d’EasyJet, par exemple, donne la météo de votre destination avec des prédictions cinq jours à l’avance. On y trouve également les taux de change pour la conversion des devises. De plus, cette application offre un partage d’informations entre ses utilisateurs. Par exemple, si vous atterrissez à Barcelone, vous pouvez simplement détailler l’expérience que vous êtes en train de vivre en écrivant un tweet via l’Apple watch.
Un autre bon exemple, à mon sens, est l’application d’Alaska Airlines. En plus d’avoir accès à l’information habituelle, si vous n’avez pas encore réservé, cette application vous propose une multitude de photos destinées à vous inspirer quant au choix de la destination.
EasyJet et Alaska Airlines sont deux bons exemples d’applications, mais j’estime que la meilleure reste la première car elle offre beaucoup de choses uniques en comparaison aux autres applications de compagnies aériennes qui n’offrent que des informations basiques.

Pensez-vous que les smartwatch ne sont qu’un gadget, ou une réelle tendance de fond?
Je pense qu’il y a quelques années, la plupart des entreprises du Tourisme vous auraient ri au nez si vous leur aviez parlé de ces montres. C’était la niche des entreprises de fitness, des calculateurs de sommeil et des moniteurs cardiaques. Je suis d’avis que ce n’est plus du tout le cas actuellement. Ce n’est définitivement pas qu’une tendance passagère. Il n’y a qu’à voir les chiffres des ventes d’appareils portables qui ont grimpé jusqu’à 27 millions d’unités en 2014 et qui devraient atteindre 135 millions d’unités en 2018. Parmi ces dernières, 68 millions seront des smartwach. Si vous tenez compte de cette estimation et également du fait qu’iCloud a vendu 17 millions de forfaits rien qu’en 2013, vous constatez que cette convergence va modifier durablement les usages.
Comme je l’ai dit, parmi les 3 000 applications conçues pour le lancement de l’Apple watch, 15 concernaient le secteur aérien et d’autres, la gestion d’itinéraire, les agences en ligne… Apple a vendu 2 millions de montres après seulement un week-end. À titre de comparaison, en 2010, l’iPad s’est venu à 300 000 exemplaires. Les montres connectées sont, certes, une niche, mais ce sont des gadgets d’un nouveau format qui ne peuvent être ignorés.
Quand pensez-vous que les smartwatch deviendront populaires auprès du grand public ?
J’estime que cela va arriver beaucoup plus rapidement que prévu. À cette même période, l’an prochain, nous de nombreuses personnes à travers le monde utiliser cette nouvelle technologie.
Une étude portant sur les usages parue l’an dernier indiquait que 77% des passagers qu’ils n’étaient pas contre le fait de porter sur eux des appareils numériques pour les aider dans leur itinéraire. Si on observe ces tendances et le nombre de smartwatch vendues cette année qui devrait croître de 160%, je pense qu’il est inévitable que ces montres deviennent de plus en plus populaires dans la vie quotidienne. Il faut noter qu’Apple se prépare à expédier 15 millions de smartwatch pour la seule année 2015. Il y a déjà 700 000 dispositifs d’Android sur le marché. Ce volume s’accroît de jour en jour d’autant que le marché compte d’autres acteurs : Apple, Samsung, Prebble, etc. Même Microsoft investit dans cette technologie.
Quels facteurs pourraient faciliter la démocratisation des smartwatch pour le grand public, en dehors de l’aspect économique?
C’est une question intéressante. Premièrement, je pense que les entreprises devraient offrir une expérience inspirée de celle vécue avec les smartphones. En ce moment, vous n’obtenez que des notifications sur votre montre et pas vraiment plus. Apple a annoncé plus tôt cette année le lancement d’applications originales capables de fonctionnalités non disponibles sur un téléphone ou bien de séparer les usages d’une application mobile de celle la smartwatch. Je suis d’avis que c’est à ce moment-là que surgira la véritable innovation et qu’on verra une adoption massive des smartwatch. Actuellement, ce sont surtout les fans de technologie qui en font l’usage.
En observant le cas du Samsung Galaxy S et de la LG Watch Urbane, on constate que les utilisateurs ont souvent accès à des options complètement indépendantes. Il existe sur les smartwatch des applications qui ne requièrent pas de smartphone pour fonctionner, telles que celles des paiements mobiles NFC.
Quelles sont les principales différences entre les utilisateurs américains, européens et asiatiques?
Pour le moment, les services de notifications offrent la même expérience d’un continent à l’autre. Plus tard, quand on verra apparaître les applications autonomes, on pourra assister à la création d’un marché plus local et c’est là où nous observerons probablement des différences.
Quelles sont les spécificités propres aux applications sur les smartwatch, en comparaison à celles des smartphones?
Le marché des smartphones vient à peine d’être démocratisé. Il y a quelques années, les applications s’avéraient n’être que des outils pour la réservation de vols et d’enregistrements à distance. Ce qui existe actuellement, ce sont des applications impliquant leurs utilisateurs. Avec celle d’EasyJet, par exemple, l’expérience du voyageur est complète : elle comporte le billet électronique, lui indique comment se rendre à l’aéroport ou encore le chemin à emprunter pour rejoindre la porte d’embarquement. Les applications des smartphones sont devenues de réelles expériences pour les voyageurs, ce qui n’est pas encore le cas avec les smartwatch.
L’information à la fois courte et rapide est plus attrayante pour les utilisateurs de la génération Y car ils la veulent sans avoir à la chercher ou à la demander. Il y a probablement un marché pour cela et c’est le type de renseignements que l’on trouve sur les applications de smartwatch simplement en regardant son poignet.
Mais est-ce actuellement moins cher que de développer une application pour les smartphones?
Je peux affirmer que oui. C’est définitivement moins cher car les applications pour smartwatch ne consistent qu’en une série d’extensions et de notifications basées sur les applications utilisées via les smartphones. En réalité, les applications pour smartwatch ne fonctionnent pas vraiment sauf si vous en possédez une sur un appareil Android ou iOS. C’est moins coûteux car les applications des smartwatch n’offrent actuellement aucune fonctionnalité qui n’est pas disponible à la base sur un téléphone. Je crois que bientôt, dès que des applications autonomes seront lancées, le coût commencera à augmenter car l’expérience liée à l’utilisation des montres connectées sera alors complètement séparée du smartphone.