Dans cette chronique, Sophie Lacour, Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, Secrétaire Générale de l’AFEST, explore pour TOM le potentiel de l'impression 3D dans l'hébergement touristique de plein air.
Chérie, où est-ce qu'on imprime la tente ce soir ?
Je vous avais parlé ici des hébergements éphémères grâce à l'imprimante 3D et aux matériaux dégradables.
Aujourd’hui je vous propose une petite variation sur le camping éphémère. Dans ce domaine aussi, le couplage de l'imprimante 3D et des matériaux biodégradables pourrait être totalement disruptif pour l'hébergement touristique de plein air.
Concernant les imprimantes 3D, chaque jour elles deviennent de plus en plus petites. L'imprimante iBox Nano par exemple est pour le moment la plus petite imprimante 3D au monde. Elle mesure 85 x 110 x 235 millimètres et peut réaliser des impressions allant jusqu’à 40 x 20 x 90 millimètres. Ces mini-imprimantes seront donc très facilement transportables dans un petit sac et bien moins lourdes et encombrantes qu'une tente actuelle.
Certes, pour le moment ces imprimantes ne sont en mesure d'imprimer que de petits objets, mais à terme nous pouvons imaginer imprimer une sorte de tissu, en forme de tente, qui sera facilement montable en imprimant des arceaux, comme pour les tentes igloo actuelles.
Concernant la matière dans laquelle ces tentes pourraient être imprimé, il faut que ce soit des matériaux éphémères qui ne durent que le temps des vacances ou juste d'un week-end, d'ailleurs des matériaux capables de se dégrader en quelques heures sont en train d'émerger. Il existe plusieurs facteurs de dégradation, la lumière, la pluie, la durée... Par exemple, des scientifiques de l’université d’État du Dakota du Nord viennent de mettre au point ce mois ci une matière plastique qui se décompose à la lumière. Fabriquée en molécules dérivées du fructose, couplées à des molécules absorbant la lumière, sa dégradation est remarquablement rapide puisqu’il lui faut seulement trois heures pour disparaître totalement.
Le tissu pourra donc être biodégradable mais les arceaux et les sardines aussi. Il existe par exemple des agrafes pour la vigne photo-dégradables. Sans métaux lourds, ces agrafes sont fabriquées en matière alimentaire et disparaissent au bout de trois mois.
Alors comment cela pourra t-il fonctionner ? Peut être sous la forme d'un mini imprimante que l'on pourra transporter dans un mini sac, de la taille d'une banane par exemple (cet emblématique sac des années 80!).
Comme cette imprimante est équipée de la wifi, nous pouvons facilement imaginer que nous pourrions imprimer notre tente selon des modèles proposés sur des sites Internet dédiés. Nous choisirions la forme qui nous plaît ou dont nous aurions besoin, une ou deux chambres, avec un auvent de telle taille pour le soleil... Nous pourrions aussi choisir la couleur en fonction du lieu, verte pour se fondre dans la nature, blanche pour refléter les rayons du soleil ou bien multicolore, juste pour le plaisir des yeux.
Nous pourrons alors imprimer notre tente dans des campings ou bien chez l'habitant sur des terrains équipés.
Dans quelques années nous pourrions donc facilement poser cette question au moment des vacances : Chérie où est-ce qu'on imprime la tente ce soir ?
Post-sriptum :
De l'obsolescence.
Je terminerai par une réponse au commentaire sur fait sur mon précédent article, je soulignerai que nous ne sommes effectivement pas dans le cadre de l'obsolescence programmée qui est le nom donné à l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement. Dans l'hypothèse que je développe ici, je parle de matériaux éphémères, prévus pour durer un temps limité selon un protocole connu de tous au départ. Donc pas pour accélérer son remplacement mais bien au contraire pour ne l'avoir à disposition que le temps de son usage. Le tourisme est par définition une activité se pratiquant dans un temps très limité dans des endroits occupés eux aussi dans un temps très limité. Dans ce cadre on peut considérer qu'employer des matériaux biodégradables c'est n'utiliser que ce dont on a besoin au moment où on en a besoin. Il y a donc une démarche écologique car on ne pollue pas l'environnement sur le long terme, ni visuellement, ni avec des matériaux qui se dégradent sur des années. Dans le cadre de l'hébergement touristique, le principal paradigme est la saisonnalité, et on construit par conséquent des structures durables alors que leur usage est limité dans l'année. L'usage de matériaux éphémères pourrait être une solution alternative dans certains cas.