Dans cette chronique, Sophie Lacour, Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, Secrétaire Générale de l’AFEST, explore pour TOM le potentiel des hologrammes dans le Tourisme, dans la culture cette fois.
Nous avons imaginé dans un précédent article, les futures utilisations potentielles des hologrammes dans certains domaines du tourisme.
Cette technologie évoluant très rapidement, nous sommes passés en quelques années de la simple image projetée sur écran de plexiglas, sans interaction avec l'environnement, à des interfaces interactives projetées par le biais de tablette capable d'offrir des scénarii multiples. Il est fort probable que la miniaturisation et la baisse constante des coûts, ne banalisent à très court terme de multiples applications des hologrammes, selon la même logique qui a prévalu ces dernières années pour tous les autres objets technologiques grand public. Les hologrammes seront alors des avatars représentant de vrais êtres vivants, mais vivant physiquement ailleurs que sous vos yeux. Ils pourront être aussi des représentations de personnes disparues. De l'utilisation servicielle que nous avons évoquée dans le précédent article, nous passerions alors à une utilisation culturelle de l'hologramme.
Ainsi, l'été dernier, Michael Jackson est revenu d’entre les morts sous la forme d’un hologramme lors des Billboard Music Awards à Las Vegas. En pratique, n'importe quelle personne dont nous avons des images filmées peut être modélisée. Nous pouvons ainsi imaginer que quand nous visiterons la maison natale d'une célébrité, Michael Jackson, pour rester sur notre exemple, ou plus précisément son hologramme, nous accueillera. Il nous offrira une visite personnalisée et pourquoi pas un petit concert ?
Poursuivons la prospective, et imaginons l'utilisation d'images de personnes disparues depuis plus longtemps, Claude François ou Marilyn Monroe par exemple, pourraient venir nous parler d'eux, de leur vie, de leurs souvenirs. Il suffirait d'inclure dans le programme les données que nous possédons, les mémoires, les témoignages qui sont restés, et l'hologramme pourrait faire revivre ces personnages avec une étonnante véracité.
Allons encore plus loin en imaginant que, grâce aux portraits et aux descriptions qui existent, nous pourrions fabriquer des hologrammes à l'image de personnes disparues avant l'apparition du cinéma, voire de la photographie. Les personnes célèbres ont fréquemment été photographiées, daguerréotypées ou peintes plusieurs fois. Il sera donc possible de les modéliser, et d'en faire des hologrammes qui seront tout autant d'animations lors des visites culturelles. Certes, nous ne savons pas véritablement comment ces personnes se déplaçaient ou parlaient, puisque nous n'avons pas d'images animées, mais il reste quand même de nombreuses descriptions. Ce sera alors le travail des historiens de fournir des données le plus exactes possible À titre d'exemple, Anne de Bretagne avait un pied bot, nous le savons par une de ses paires de chaussures qui nous est parvenue. Nous pourrions ainsi faire revivre ces personnages célèbres d'une façon très réaliste, avec leurs particularismes aussi bien physiques que langagiers. Ce sera alors certainement passionnant de voir Napoléon venir à nous, nous saluer, puis nous raconter Austerlitz ou Waterloo. Victor Hugo nous accueillir à Guernesey ou bien Marie Antoinette nous faire visiter le petit Trianon. Dans des périodes plus éloignées nous pourrons nous baser sur des sculptures, qui feraient renaître Jules César ou Platon. L'hologramme pourrait ainsi révolutionner un pan entier de la médiation du patrimoine. Certes, ces personnages n'étant plus, la relation sera quelque peu unilatérale, difficilement interactive, à l'image d'un film projeté, mais l'hologramme permettra une représentation en 3D qui, comme un comédien en costume, pourra se tenir à coté de vous, tourner autour de vous, s'éloigner, évoluer dans trois dimensions.
Toujours plus avant dans la prospective, il sera vraisemblablement possible à terme, d'interagir avec ces projections. En effet l'intelligence artificielle fait d'immenses progrès dans l'écoute et la compréhension de la parole humaine. Nao par exemple, le petit robot interactif d'Aldebaran, est déjà capable de répondre à un certain nombre de questions, ou bien encore Pepper, qui accueille les visiteurs à l'entrée de magasins Nespresso au Japon, peut se souvenir de vous et vous appeler par votre nom quand vous revenez. Ces avancées dans l'interaction Homme-machine (H2M) peuvent nous permettre d'imaginer des hologrammes de personnes non existantes, ou n'existant plus, qui pourraient alors engager un véritable dialogue avec nous.
Ainsi, en allant encore plus loin, on peut envisager l'évocation de tous types de personnages, mythologiques comme le Minotaure ou Goliath, ou totalement fictionnels, puisque l’hologramme d’Omer Simpson est apparu à la Comic-Con cet été, et qu'un hologramme géant d’Hulk a soulevé le Tower Bridge à Londres pour animer le lancement d'un jeu.

En conclusion, toutes les avancées que nous constatons dans le domaine de la miniaturisation, de la baisse des coûts de production, mais aussi dans la collecte et l'exploitation de données, peuvent faire raisonnablement penser que les hologrammes vont bientôt faire une percée rapide et diversifiée dans le tourisme. Ils ne se substitueront pas à l'accueil humain, mais pourront suppléer le travail des agents. Ils pourront également enrichir l'offre culturelle en apportant une technologie supplémentaire à la médiation du patrimoine.