« L’un des pères du Web, Tim Berners-Lee, disait qu’il fallait enrichir Internet et créer de la métadonnée afin d’apporter plus de services», affirme le Dr Milan Stankovic, spécialiste du Web sémantique. Il fut l’un des premiers à s’intéresser aux usages et à créer des systèmes de reconnaissance basés sur cette technologie. Pendant ce temps, Google créait Siri. Désormais Président et Chief Science Officer de Sépage, Milan Stankovic a mis au point une solution de recommandation pour le Tourisme.
Dr Milan Stankovic, Président et Chief Science Officer de Sépage
Votre dernière solution, GlobeAdvent, est le fruit de nombreuses années de recherche & développement. De quoi s’agit-il ?
Nous avons lancé une solution, issue de 7 ans de recherche, qui utilise la technologie du Web sémantique. Grâce à celle-ci, on peut comprendre le comportement des internautes sur un site en temps réel et analyser leurs interactions avec le contenu. Toutes ces observations nous permettrons de créer des profils utilisateurs que nous reconnaîtrons par la suite grâce à des cookies. En parallèle, notre outil utilise des données ouvertes que l’on peut par exemple extraire de Wikipédia, de la météo ou de Twitter. En combinant ces informations et celles du site, notre algorithme est en mesure de faire des recommandations pertinentes qui s’afficheront différemment suivant le parcours de l’utilisateur. Les sites de voyages répondent alors mieux aux intérêts de leurs visiteurs.
Pouvez-vous nous donner un exemple d’application ?
Notre client Nomade Aventure met beaucoup de contenu à la disposition des internautes comme des textes sur le Cap Vert, par exemple. Notre outil scanne ces informations et comprend que « Cap Vert » renvoie à « île », « randonnée », etc. Par la suite, lorsque l’on projette dans les graphes ce que l’on sait de différentes destinations, on découvre des points communs entre deux territoires touristiques. Le surf, par exemple. On peut alors faire des recommandations à l’internaute et lui permettre de découvrir une destination à laquelle il n’aurait pas forcément pensé. En juillet dernier, quelques mois après l’installation de notre solution, le taux de conversion de Nomade Aventure a augmenté de 18% alors qu’il était déjà très correct pour un acteur du Tourisme.
Dans quelle mesure l’amélioration des recommandations peut-elle augmenter le taux de conversion ?
Sur de nombreux sites, l’internaute se contente, faute d’alternative, de cliquer sur des rubriques et des offres de voyages. Finalement, il est peu explicite et plutôt feignant. C’est pour cette raison que le taux de conversion est faible en comparaison au point de vente où le vendeur aide le client à effectuer un choix en l’accompagnant dans l’acte d’achat. Notre solution est utile dans deux cas de figure. Lorsque la personne débute ses recherches concernant la destination, le moyen de transport, l’hébergement, etc. Le visiteur a alors besoin d’inspiration, de propositions. Puis lorsqu’il pense avoir trouvé l’offre lui convenant, mais hésite encore. Notre solution va alors lui proposer des offres susceptibles de l’intéresser et certaines seront très différentes du choix qu’il aura fait. L’objectif est de créer un contraste important car on s’est rendu compte en agence de voyage que lorsque le conseiller proposait une 2e offre en disant ‘mais ce n’est pas pour vous, vous êtes trop vieux, c’est hors-budget…’ et bien cela incitait le client à acheter la 1ère option choisie. On reproduit cette technique commerciale avec notre outil d’intelligence artificielle.

La pertinence de votre solution n’est-elle pas liée au volume de visiteurs ?
Non, le volume impacte minoritairement la pertinence de notre outil. Nos bases de connaissances sont énormes et viennent essentiellement du Web Social donc de sites comme Wikipédia ou Foursquare. L’audience d’un site permet simplement de mieux mesurer l’impact de nos outils. Si vous lancez un nouveau site et que vous avez 4 internautes, notre solution affichera déjà un contenu plus pertinent pour chacun d’entre eux. La question que l’on se pose avec chacun de nos clients est de savoir où et à quel moment l’inspiration doit entrer en jeu : à quels étapes de la navigation ? un mois avant le départ ? Plus tôt ? Certains marchands envoient des newsletters, mais peu d’entre-elles sont efficaces. Là aussi, nous pouvons intervenir.
Il existe plusieurs systèmes de recommandations dans l’e-commerce. En quoi le vôtre est-il différent ?
Il en existe effectivement pour l’e-commerce, mais ils s’appliquent mal au Tourisme. Amazon utilise un filtrage collaboratif : ‘vous avez acheté un iPad et un iPhone. Lui aussi, mais sachez qu’il a également acheté une souris Apple.’ Mais les gens achètent moins de voyages que de produits de grande consommation. De plus, pour chaque requête, Amazon doit interroger des clusters de consommateurs gigantesques pour pousser le contenu adéquat. Ceci demande d’importantes ressources informatiques. Notre solution est plus légère et répond à tout les sites de voyages, quelle que soit leur audience.
Quel est le coût de GlobeAdvent ?
Cela dépend bien sur de la taille du site, mais en général, nos clients nous accordent environ un tiers du budget qu’ils donnent à Criteo. Mais c’est encore peu par rapport à ce que certains confient à Google ! Or, notre ROI est beaucoup plus important. Dans le Digital, de nombreux sites payent très cher pour faire venir des clients, sauf certains qui ont réussi autrement comme Airbnb ou ceux qui bénéficient d’une forte notoriété tels que Air France. Chez nous, l’objectif est d’améliorer les taux de conversion des sites, en générant des offres très ciblées, et cela peut être très rentable.
Que nous promet le Web sémantique dans les années à venir ?
Les systèmes prédictifs seront plus performants et les recommandations contextuelles seront encore plus pertinentes. La machine saura quel produit proposer en fonction de l’achat. Lorsqu’un internaute s’offrira un voyage, par exemple, il pourra également acheter un produit de type crème solaire.